Un tablier noué sur une chemise noire, un grand livre de recettes ouvert et une cuisine à l’ambiance tamisée : Alex Carmin transforme le goûter de notre enfance en comédie musicale de poche. Avec « Enfariné », titre de l’album « Sérieusement », ce dandy suisse sert une pop-rock rétro aux saveurs seventies, relevée d’une pincée de funk et d’images gourmandes qui sentent la vanille et la nostalgie. Les métaphores de pâtissier, roulé dans la farine ou les doigts dans la sauce, forment un refrain presque absurde, avant que le souvenir d’une grand-mère, de ses petits gâteaux, de son tricot et de ses parties de belote ne serre doucement le cœur. « Le temps décolore, mon unique trésor », glisse-t-il, et la chanson devient un album photo qu’on feuillette le sourire aux lèvres. Le clip tourne au joyeux désastre, avec une poêle devenue instrument, un nuage de farine et un cocker noir témoin de l’affaire, jusqu’à une surprise sucrée à découvrir soi-même. Une gourmandise musicale à croquer sur This is Riviera.
À lire aussi : Alex Carmin dompte « L’Obscurité » à coups de guitare et de poésie
« Le temps décolore, mon unique trésor » Alex Carmin
Un dandy qui ne plaisante qu’à moitié dans « Sérieusement »
L’amour de la musique naît très tôt chez Alex Carmin, fasciné par les sons de toutes les époques qui s’échappent de la radio familiale. L’adolescent apprend la guitare, couche ses premiers textes sur le papier, puis passe par le Conservatoire de Genève, où sa formation de comédien lui vaut un diplôme en 2022. Après quelques singles en 2021 et 2022, il signe en novembre 2023 un premier EP auto-produit, « Le Parfum des défaites », salué par RTS Option Musique, RTN et CaracTV. Les scènes de La Rotonda à Locarno, de L’Amalgame à Yverdon-les-Bains et du Théâtre du Vide-Poche à Lausanne l’accueillent ensuite. Sa voix grave rappelle Étienne Daho, son audace emprunte à Serge Gainsbourg, son goût du mystère à Bertrand Belin, et l’ensemble lui donne l’allure d’un dandy du XXIᵉ siècle, ironique et désinvolte.
Sorti ce 23 octobre, « Sérieusement » est un premier album de dix titres qui confirme tout le bien qu’on pensait de lui, et même davantage. On y croise des questionnements identitaires, le besoin de plaire parfois au détriment de sa propre nature et des récits grinçants teintés d’absurde, qui ne seraient pas déplacés dans un recueil de Boris Vian. La chaleur du rock seventies épouse une pop française moderne aux arrangements soignés, dignes de Benjamin Biolay, et chaque morceau déroule son petit théâtre d’ironie et de tendresse. Notre avis est tout simplement enthousiaste : voilà un disque élégant, drôle et touchant, qui s’écoute en boucle sans jamais lasser. Une chose est sûre, on n’a pas fini d’entendre parler d’Alex Carmin.
– – –
Rejoindre Alex Carmin sur les réseaux…




